32 milliards en une journée
Le 10 février 2026, Alphabet a bouclé la plus grande opération obligataire jamais réalisée par un groupe technologique : près de 32 milliards de dollars levés en moins de 24 heures sur trois marchés simultanés. L'émission se décompose en 20 milliards de dollars sur le marché américain (en sept tranches, maturités 2029 à 2066, coupons de 3,7 % à 5,75 %), 5,5 milliards de livres sterling (record absolu pour une émission corporate en livres) et plus de 3 milliards de francs suisses (record suisse). La demande des investisseurs a dépassé les 100 milliards de dollars rien que pour la tranche américaine.
Une obligation à 100 ans : du jamais vu depuis Motorola
Le détail le plus spectaculaire : la tranche britannique incluait une obligation à 100 ans de 1 milliard de livres (1,4 Md$). C'est la première fois qu'un groupe tech émet un « century bond » depuis Motorola en 1997. L'instrument, sursouscrit 10 fois, a été pricé à 1,2 point de pourcentage au-dessus des gilts britanniques à 10 ans. Les fonds de pension et assureurs britanniques, friands d'actifs à très longue duration pour adosser leurs engagements, se sont rués sur le titre.
Pourquoi emprunter avec 126 milliards de cash ?
Alphabet dispose de 126 milliards de dollars de trésorerie et génère 73 milliards de dollars de free cash flow annuel. Alors pourquoi s'endetter ? Parce que le capex IA explose. Le groupe a annoncé des dépenses d'investissement de 175 à 185 milliards de dollars pour 2026 — quasiment le double des 92,5 milliards de 2025. À ce rythme, même le cash-flow de Google ne suffit plus. L'endettement permet de financer les data centers, les puces spécialisées et les systèmes énergétiques qui alimentent l'écosystème Gemini sans toucher aux réserves.
Une course à l'armement entre hyperscalers
Alphabet n'est pas seul. Les cinq grands hyperscalers — Amazon, Google, Meta, Microsoft et Oracle — ont émis 121 milliards de dollars d'obligations en 2025, contre une moyenne de 28 milliards par an entre 2020 et 2024. Oracle a levé 25 milliards pour ses projets IA. Selon Morgan Stanley, les emprunts des hyperscalers devraient atteindre 400 milliards de dollars en 2026, soit le double de 2025. Au total, ces cinq groupes prévoient d'investir plus de 630 milliards de dollars dans l'infrastructure IA cette année.
| Entreprise | Obligations IA 2025-2026 |
|---|---|
| Alphabet | ~32 Md$ |
| Oracle | ~25 Md$ |
| Total hyperscalers (prévision 2026) | ~400 Md$ |
Le pari de la dette pour l'IA
Derrière ces chiffres vertigineux, une question taraude les analystes : les revenus générés par l'IA justifieront-ils ces investissements ? Alphabet vaut 4 000 milliards de dollars en bourse et conserve des notes de crédit au sommet (Aa2 chez Moody's, AA+ chez S&P), ce qui lui assure des conditions d'emprunt favorables. Mais le ratio dépenses/revenus IA reste tendu. Si les retours sur investissement tardent, ces dizaines de milliards de dette pourraient peser lourd sur les bilans. Pour l'instant, les investisseurs votent massivement avec leur portefeuille.