Après le SaaS, la finance
Le 10 février 2026, Altruist, une startup de Los Angeles, lance une mise à jour de sa plateforme Hazel AI : un outil de planification fiscale automatisée pour conseillers financiers. Le prix ? 60 dollars par mois et par utilisateur.
La réaction de Wall Street est immédiate et brutale :
| Action | Baisse | Pire séance depuis |
|---|---|---|
| LPL Financial | -8,3 % | Avril 2025 |
| Raymond James | -8,8 % | Mars 2020 |
| Charles Schwab | -7,4 % | Avril 2025 |
| Stifel Financial | -1,5 % | — |
| Piper Sandler | -4,5 % | — |
La veille, lundi, l'indice S&P 500 Insurance avait déjà chuté de 3,9 % après le lancement d'un outil de comparaison tarifaire IA par Insurify. En deux jours, les secteurs de la gestion de patrimoine et de l'assurance ont perdu environ 50 milliards de dollars de capitalisation.
Ce que Hazel fait en quelques minutes
Hazel analyse automatiquement les documents d'un client — déclarations fiscales (1040), bulletins de paie, relevés de compte, emails, notes de réunion, données CRM et custodiales — et génère une stratégie fiscale personnalisée.
Les conseillers peuvent ensuite :
- Lancer des scénarios « what-if » (bonus, vente immobilière, retraite, changement familial)
- Voir les projections fiscales en temps réel
- Exporter des rapports clients prêts à l'emploi
- Comparer les options et visualiser les compromis
Le tout sans saisie manuelle. Ce qui prenait des heures à un conseiller fiscal se fait désormais en minutes.
Altruist : petit nom, grande ambition
Fondée par Jason Wenk (ex-Morgan Stanley, ex-Pimco), Altruist est le 3e plus grand custodian RIA (Registered Investment Advisor) des États-Unis par nombre de conseillers : près de 5 700 advisors utilisent la plateforme. L'entreprise a acquis la startup Thyme en juin 2025, dont Hazel est le produit phare.
Wenk résume : « La planification fiscale est l'un des moyens les plus puissants pour les conseillers d'améliorer les résultats de leurs clients, mais c'est aussi lent et mentalement épuisant. Hazel inverse cette dynamique. »
Pourquoi les marchés paniquent
Le krach des actions financières s'inscrit dans une vague plus large. La semaine précédente, les plugins Claude Cowork d'Anthropic avaient déclenché une chute historique du secteur SaaS (-34 % en 12 mois, 2 000 milliards de dollars effacés). Le schéma se répète :
- Une startup lance un outil IA spécialisé
- Les investisseurs extrapolent la disruption à tout le secteur
- Les actions des incumbents s'effondrent
- Les analystes crient à la surréaction
D'autres startups IA ciblent déjà la finance : Rogo Technologies (analyse financière), Hebbia (recherche documentaire), sans compter les intégrations directes d'OpenAI et Anthropic dans les workflows bancaires.
Surréaction ou signal faible ?
Les analystes sont divisés :
Camp « surréaction » — La plupart des experts estiment que la panique est excessive. Wilma Burdis (Raymond James) : « Les gens veulent confier leur patrimoine à une personne, pas à une machine. » Kyle Mostransky : « Les conseillers sont là pour l'interprétation, pas l'information. L'IA optimise les maths, pas le sens des décisions. »
Camp « signal faible » — Bill Harris (Evergreen Wealth) compare la situation aux ETF qui ont comprimé les frais des fonds mutuels : « Pas une disparition, mais la fin de la croissance. » Le modèle de frais à 1 %+ sur les actifs sous gestion, standard dans l'industrie, est menacé.
Camp « opportunité » — JPMorgan qualifie la baisse d'« opportunité d'achat » sur les valeurs de qualité. Les ETF tech, eux, ont déjà récupéré une partie de leurs pertes post-SaaSpocalypse.
Une chose est sûre : à 60 $/mois, Hazel ne remplacera pas les conseillers. Mais elle pourrait rendre leurs tâches les plus lucratives — et les plus facturées — accessibles à des concurrents bien moins chers.