En six semaines, le secteur technologique a supprimé plus de 30 700 postes à travers le monde, selon les données compilées par RationalFx. Si ce rythme se maintient, 2026 pourrait dépasser les 245 000 licenciements enregistrés en 2025 — pour atteindre environ 273 000.
Les géants mènent la danse
Amazon domine le tableau avec 16 000 suppressions annoncées en janvier, sa deuxième vague après les 14 000 postes éliminés en octobre 2025. Le géant du e-commerce justifie ces coupes par la rationalisation de sa bureaucratie et l'accélération de ses investissements IA.
Derrière, Meta a supprimé plus de 1 000 postes dans sa division Reality Labs, Block (Square) environ 1 100, et Autodesk comme Salesforce près de 1 000 chacun. À plus grande échelle, Intel a annoncé 34 000 suppressions (15 % de ses effectifs) et Microsoft plus de 19 000.
Les États-Unis concentrent 80 % des coupes
Les États-Unis absorbent 24 600 des 30 700 licenciements, soit plus de quatre cinquièmes du total mondial. La Suède (1 900), les Pays-Bas (1 700), l'Inde (920) et Israël (774) complètent le tableau. Au total, le secteur tech a éliminé près d'un million d'emplois depuis 2021.
L'IA, vraie cause ou prétexte commode ?
C'est la question que pose le cabinet Forrester : de nombreuses entreprises invoquent la transition vers l'IA pour justifier des restructurations, alors qu'elles ne disposent pas encore de systèmes opérationnels pour remplacer les postes supprimés. Ce phénomène porte un nom : l'« IA-washing », inspiré du greenwashing.
Plus de 50 000 emplois auraient été supprimés en 2025 sous ce prétexte. Amazon et Pinterest sont régulièrement cités comme exemples de « licenciements préventifs » — anticiper des capacités IA pas encore déployées pour libérer des budgets d'investissement.
Des signaux contradictoires
D'un côté, les projections sont alarmantes : Goldman Sachs estime que 300 millions d'emplois sont menacés dans les économies développées, le FMI parle de 40 % de l'emploi mondial touché, et le Forum économique mondial prévoit une perte nette de 14 millions de postes d'ici 2027.
De l'autre, le CEO d'Anthropic, Dario Amodei, reconnaît que 50 % des emplois cols blancs « entry-level » pourraient être bouleversés dans les 1 à 5 ans — mais souligne que de nouveaux rôles émergent autour de la gestion et la supervision des systèmes IA.
Le vrai moteur reste hybride : sur-embauche post-Covid (Amazon est passé de 798 000 à 1,6 million d'employés entre 2019 et 2021), pression des investisseurs pour la rentabilité, et repositionnement stratégique vers l'IA. Attribuer la totalité des coupes à l'automatisation serait aussi simpliste que de nier son impact croissant.