Deux géants de la défense, un accélérateur IA
Le 10 février 2026, Naval Group et Thales ont officialisé une alliance stratégique autour de l'intelligence artificielle de défense. Naval Group prend une participation de 20 % dans cortAIx France, l'accélérateur IA créé par Thales en 2024, et entre à son conseil d'administration. L'objectif : accélérer l'intégration de l'IA souveraine dans les systèmes navals et de combat critiques.
cortAIx : 800 experts, 5 hubs, leader européen
cortAIx n'est pas une startup. C'est la division IA de Thales, qui rassemble plus de 800 experts répartis sur cinq hubs internationaux : France, Royaume-Uni, Canada, Singapour et Allemagne. En dix ans, Thales a intégré des composants IA dans environ 100 produits, des capteurs du Rafale aux radars de surveillance, en passant par la reconnaissance faciale et la gestion d'essaims de drones autonomes. cortAIx est aujourd'hui le premier déposant européen de brevets IA pour les systèmes critiques.
Un centre naval à Ollioules dès mai 2026
Concrètement, l'alliance se matérialise par l'ouverture d'un centre dédié à Ollioules (Var), à proximité du centre d'excellence numérique de Naval Group et du CSDIA-M de la Marine nationale à Toulon. Quinze ingénieurs de Naval Group rejoindront cortAIx dès mars 2026, avec une ouverture opérationnelle du centre en mai. Leur mission : adapter les modèles IA aux contraintes extrêmes des systèmes embarqués navals — sécurité, cybersécurité, résilience.
Cinq domaines d'application
L'alliance cible cinq champs opérationnels :
| Domaine | Application |
|---|---|
| Combat collaboratif | Coordination multi-plateformes en temps réel |
| Aide à la décision | Analyse massive de données pour les commandants |
| Guerre électronique | Détection et contre-mesures automatisées |
| Simulation | Entraînement et préparation opérationnelle |
| Logistique | Maintenance prédictive des flottes |
Point crucial : l'IA développée ne vise pas l'autonomie des systèmes d'armes, mais l'aide à la décision humaine. Les opérateurs restent dans la boucle, l'IA accélérant le traitement des données massives pour éclairer leurs choix.
Souveraineté : l'État en arrière-plan
L'alliance n'est pas anodine politiquement. L'État français détient 62 % de Naval Group et 27 % de Thales. En rapprochant ses deux champions de la défense autour de l'IA, Paris envoie un signal fort sur sa volonté de souveraineté technologique dans un domaine où la dépendance aux solutions américaines (Palantir, Microsoft) est un sujet sensible. CortAIx collabore d'ailleurs avec Mistral AI pour certains modèles, renforçant l'écosystème français. Comme le résume Éric Papin, directeur technique de Naval Group : l'enjeu est de garantir « la souveraineté des algorithmes et la protection des données sensibles » — un impératif absolu quand on parle de sous-marins nucléaires et de frégates de combat.