Un nouveau type d'acteur domine l'infrastructure IA en 2026 : les neoclouds. Contrairement à AWS, Azure ou Google Cloud qui offrent des centaines de services, ces plateformes se concentrent sur une seule chose — louer de la puissance GPU pour l'IA. Et leur croissance est vertigineuse.
Nebius : de Yandex à géant de l'IA
Né des cendres de Yandex Cloud après la scission de 2024, Nebius (NBIS) est passé d'un ARR de 430 M$ au T2 2025 à un objectif de 7 à 9 Md$ d'ici fin 2026 — soit une croissance potentielle de 1 600 %. Le moteur : des contrats colossaux avec Microsoft (19 Md$) et Meta (3 Md$ sur 5 ans).
La société déploie une capacité de 1 GW de puissance GPU connectée en 2026 (contre 220 MW fin 2025), avec 2,5 GW sous contrat. Son avantage : un héritage logiciel complet issu de Yandex qui lui donne une plateforme cloud intégrée, là où ses concurrents ne font que de la location de GPU. Nebius est déjà rentable en EBITDA ajusté, avec 1,68 Md$ de cash et 6 Md$ d'actifs stratégiques.
CoreWeave : le partenaire GPU d'OpenAI
Côté CoreWeave (CRWV), les chiffres sont tout aussi impressionnants. Entré en bourse en mars 2025 lors de la plus grosse IPO tech depuis 2021, la société affiche un carnet de commandes de 55,6 Md$ au T3 2025. Les analystes projettent un chiffre d'affaires de 12 Md$ en 2026 (vs 5,1 Md$ en 2025, +134 %).
Les contrats phares : OpenAI (22,4 Md$), Meta (14,2 Md$), Nvidia (6,3 Md$ de capacité + investissement de 100 M$). Mais cette croissance a un coût : CoreWeave a levé 25 Md$ de dette depuis 2024 et prévoit plus de 30 Md$ de capex en 2026. Pour chaque dollar de revenu, la société dépense 2,35 à 2,77 $ en infrastructure.
L'économie des neoclouds
Le modèle économique tourne autour d'un ratio clé : environ 9 à 10 Md$ de revenus par gigawatt de capacité GPU déployée. Côté coûts, 80 % du capex va aux GPU eux-mêmes (essentiellement Nvidia), 18-20 % à l'infrastructure physique, et seulement 1 % au foncier et à l'énergie.
Le marché mondial de l'infrastructure IA est estimé à 60 Md$ en 2025, avec une projection à 499 Md$ d'ici 2034 (CAGR 26,6 %). D'autres acteurs comme IREN (ex-Iris Energy, contrat Microsoft de 9,7 Md$) et Lambda (IPO prévue début 2026) complètent l'écosystème.
Le risque : la dette contre la demande
La question centrale : la demande en compute IA restera-t-elle suffisante pour justifier ces investissements massifs ? CoreWeave accumule les pertes nettes (716 M$ sur 9 mois en 2025) et Nebius dépense des milliards en capacité. Si la demande ralentit ou si les hyperscalers développent leurs propres puces (comme les TPU de Google ou Trainium d'Amazon), le modèle neocloud pourrait se retrouver avec des datacenters surdimensionnés.