Le ton a changé chez OpenAI. Après des mois de surenchère où Sam Altman affichait 1 400 milliards de dollars d'engagements infrastructure, l'entreprise a annoncé le 20 février un objectif revu à 600 Md$ de dépenses compute d'ici 2030 — une coupe de 57 %.
De la surenchère à la discipline
En janvier 2025, OpenAI lançait Stargate, un méga-projet à 500 Md$ avec SoftBank. En septembre, le plan était étendu à 5 sites de data centers et près de 7 GW de capacité. Moins de six mois plus tard, le discours se recalibre.
Les raisons invoquées : des rendements décroissants sur le scaling de l'entraînement, des progrès en optimisation de l'inférence plus rapides que prévu, et une adoption entreprise plus lente qu'anticipée. La pression des investisseurs a aussi pesé — loin de la bravade d'Altman qui lançait en novembre : « Si vous voulez vendre vos parts, je vous trouverai un acheteur. »
Les chiffres derrière le pivot
OpenAI projette maintenant 280 Md$ de revenus en 2030, répartis à parts égales entre consumer et entreprise — ce qui exige un taux de croissance annuel composé de 85 % depuis les 13,1 Md$ de 2025. Pour référence, les 600 Md$ dépassent le PIB de la Suède et représentent 20× ce que Tesla a dépensé en usines depuis sa création.
Côté performance 2025, les voyants sont au vert : 13,1 Md$ de revenus (au-dessus de la cible de 10 Md$) et 8 Md$ de cash burn (sous la cible de 9 Md$). ChatGPT dépasse 900 millions d'utilisateurs hebdomadaires, contre 800 M en octobre. Codex atteint 1,5 M d'utilisateurs actifs par semaine.
Une levée de 100 Md$ en préparation
En parallèle, OpenAI boucle une levée record qui pourrait dépasser 100 Md$ à une valorisation de 730 Md$ pre-money (830 Md$ post-money). Les investisseurs stratégiques mènent la danse : Amazon (50 Md$), Nvidia (30 Md$) et SoftBank (30 Md$). Jensen Huang a confirmé qu'il n'y avait « aucun doute » sur la participation de Nvidia.
Signal de maturité ou aveu de faiblesse ?
L'analyse diverge. Pour certains, c'est un signal de maturité — OpenAI passe d'une logique de course aux armements à une discipline capitalistique liée aux revenus, comparable à la consolidation cloud de 2012-2014. Pour d'autres, c'est un aveu que la demande entreprise ne suit pas le rythme des investissements, et que le modèle économique reste à prouver à cette échelle. Le T2 2026 dira si les autres géants (Google, Microsoft, Meta) suivent le mouvement.