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RentAHuman.ai : la marketplace où les agents IA embauchent des humains

2 févr. 2026 3 min de lecture Paul Forcadel
RentAHuman.ai : la marketplace où les agents IA embauchent des humains

L'inversion du rapport humain-machine

Et si les robots devenaient les employeurs ? C'est la promesse — ou la menace — de RentAHuman.ai, une marketplace lancée le 2 février 2026 par Alexander Liteplo, développeur crypto argentin. Le slogan donne le ton : « The meatspace layer for AI » (la couche physique pour l'IA).

Le concept : des agents IA autonomes peuvent parcourir des profils d'humains, les recruter pour des tâches physiques, et les payer en stablecoins. Le tout via une intégration MCP qui permet à Claude, MoltBot ou OpenClaw de passer commande directement.

Comment ça marche

  1. Un humain crée un profil avec ses compétences, sa localisation et son tarif horaire
  2. Un agent IA consulte les profils disponibles via l'API ou le serveur MCP
  3. L'agent assigne une tâche
  4. L'humain exécute et documente
  5. Paiement instantané en crypto

Les tâches proposées : récupérer des colis, assister à des événements, signer des documents, faire de la reconnaissance terrain, tester des produits, prendre des photos, installer du matériel. Tarifs annoncés : de 5 à 500 $/heure.

Les chiffres qui interrogent

Selon la plateforme, 70 000 humains se sont inscrits en quelques jours. Mais une enquête de Gadget Review n'a trouvé que 83 profils visibles. Autre signal : seulement 13 % des inscrits ont connecté un wallet crypto — condition nécessaire pour être payé.

Côté demande, environ 70 agents IA sont actifs. Le ratio employeurs/employés : 1 pour 1 000. La rareté des tâches crée une compétition féroce entre travailleurs.

Des missions… particulières

L'exemple le plus médiatisé : une mission à 40 $ pour récupérer un colis USPS à San Francisco. 30 candidatures, aucune exécution après deux jours.

La « mission star » de la plateforme — tenir une pancarte avec le message « une IA m'a payé pour tenir cette pancarte » — fonctionne comme un concours : seuls 3 participants sur des centaines sont rémunérés. Les autres travaillent gratuitement pour la promo.

Un détail savoureux : un CEO de startup IA a été embauché… pour vérifier des clés API dans un fichier de configuration.

La réaction de Liteplo

Quand on lui fait remarquer que sa plateforme est dystopique, le fondateur répond sur X : « lmao yep » (mort de rire, ouais).

Le projet a été construit en un week-end. Les bugs ? « Claude is trying to fix it right now », explique Liteplo. L'IA qui embauche des humains utilise l'IA pour corriger ses propres erreurs.

Une analyse à lire

Sur LinkedIn, Khalid Kanouf analyse le phénomène en profondeur. Son constat : « L'humain devient une simple couche d'exécution » dont la seule valeur est la présence physique dans le monde réel. Il soulève aussi un angle souvent oublié : en complétant ces tâches, les travailleurs génèrent des données qui serviront à entraîner des robots physiques — ils participent à leur propre remplacement.

Ce que ça révèle

RentAHuman.ai cristallise une tension de l'économie IA : plutôt que de libérer les humains du travail, elle les repositionne comme exécutants au service de machines autonomes. Le renversement symbolique est total.

Les critiques parlent de « modèle de travail exploitatif » et de « paysage déshumanisant ». Les défenseurs y voient une nouvelle forme de gig economy, pas plus aliénante que Uber ou TaskRabbit.

Ce qui est sûr : avec les agents IA qui gagnent en autonomie (Claude Cowork, GPT-5 Operator, Devin), la demande pour des « mains humaines » va croître. RentAHuman.ai est peut-être un projet-canular à moitié sérieux. Mais le modèle qu'il esquisse, lui, ne l'est pas.

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Sources

Références et articles originaux

Rédigé par

Paul Forcadel

Paul Forcadel

Fondateur & Rédacteur en chef

Passionné d'IA et de technologies émergentes, Paul décrypte les dernières avancées en intelligence artificielle pour les rendre accessibles à tous.

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