L'inversion du rapport humain-machine
Et si les robots devenaient les employeurs ? C'est la promesse — ou la menace — de RentAHuman.ai, une marketplace lancée le 2 février 2026 par Alexander Liteplo, développeur crypto argentin. Le slogan donne le ton : « The meatspace layer for AI » (la couche physique pour l'IA).
Le concept : des agents IA autonomes peuvent parcourir des profils d'humains, les recruter pour des tâches physiques, et les payer en stablecoins. Le tout via une intégration MCP qui permet à Claude, MoltBot ou OpenClaw de passer commande directement.
Comment ça marche
- Un humain crée un profil avec ses compétences, sa localisation et son tarif horaire
- Un agent IA consulte les profils disponibles via l'API ou le serveur MCP
- L'agent assigne une tâche
- L'humain exécute et documente
- Paiement instantané en crypto
Les tâches proposées : récupérer des colis, assister à des événements, signer des documents, faire de la reconnaissance terrain, tester des produits, prendre des photos, installer du matériel. Tarifs annoncés : de 5 à 500 $/heure.
Les chiffres qui interrogent
Selon la plateforme, 70 000 humains se sont inscrits en quelques jours. Mais une enquête de Gadget Review n'a trouvé que 83 profils visibles. Autre signal : seulement 13 % des inscrits ont connecté un wallet crypto — condition nécessaire pour être payé.
Côté demande, environ 70 agents IA sont actifs. Le ratio employeurs/employés : 1 pour 1 000. La rareté des tâches crée une compétition féroce entre travailleurs.
Des missions… particulières
L'exemple le plus médiatisé : une mission à 40 $ pour récupérer un colis USPS à San Francisco. 30 candidatures, aucune exécution après deux jours.
La « mission star » de la plateforme — tenir une pancarte avec le message « une IA m'a payé pour tenir cette pancarte » — fonctionne comme un concours : seuls 3 participants sur des centaines sont rémunérés. Les autres travaillent gratuitement pour la promo.
Un détail savoureux : un CEO de startup IA a été embauché… pour vérifier des clés API dans un fichier de configuration.
La réaction de Liteplo
Quand on lui fait remarquer que sa plateforme est dystopique, le fondateur répond sur X : « lmao yep » (mort de rire, ouais).
Le projet a été construit en un week-end. Les bugs ? « Claude is trying to fix it right now », explique Liteplo. L'IA qui embauche des humains utilise l'IA pour corriger ses propres erreurs.
Une analyse à lire
Sur LinkedIn, Khalid Kanouf analyse le phénomène en profondeur. Son constat : « L'humain devient une simple couche d'exécution » dont la seule valeur est la présence physique dans le monde réel. Il soulève aussi un angle souvent oublié : en complétant ces tâches, les travailleurs génèrent des données qui serviront à entraîner des robots physiques — ils participent à leur propre remplacement.
Ce que ça révèle
RentAHuman.ai cristallise une tension de l'économie IA : plutôt que de libérer les humains du travail, elle les repositionne comme exécutants au service de machines autonomes. Le renversement symbolique est total.
Les critiques parlent de « modèle de travail exploitatif » et de « paysage déshumanisant ». Les défenseurs y voient une nouvelle forme de gig economy, pas plus aliénante que Uber ou TaskRabbit.
Ce qui est sûr : avec les agents IA qui gagnent en autonomie (Claude Cowork, GPT-5 Operator, Devin), la demande pour des « mains humaines » va croître. RentAHuman.ai est peut-être un projet-canular à moitié sérieux. Mais le modèle qu'il esquisse, lui, ne l'est pas.