Mustafa Suleyman, CEO de Microsoft AI, a lâché une bombe le 13 février : l'intelligence artificielle atteindra des « performances de niveau humain sur la plupart, sinon la totalité des tâches professionnelles » dans les 12 à 18 prochains mois. Comptables, avocats, marketeurs, chefs de projet — personne ne serait épargné.
La thèse de Suleyman
L'argument repose sur la croissance exponentielle de la puissance de calcul. Selon Suleyman, le « compute » disponible permet déjà à l'IA de coder mieux que la majorité des développeurs humains. Satya Nadella confirme : plus de 25 % du code de Microsoft est désormais écrit par l'IA. L'étape suivante, c'est d'appliquer cette capacité à tous les métiers de bureau.
Son objectif déclaré : la superintelligence. Microsoft investit 80 milliards de dollars dans l'IA, développe ses propres modèles (MAI-1) en parallèle d'OpenAI, et héberge aussi Mistral, Meta, Anthropic et xAI sur Azure. La diversification est totale.
Ce que disent les études
Le problème, c'est que les données de terrain racontent une autre histoire. Une étude Thomson Reuters de 2025 montre des « gains de productivité marginaux » chez les avocats et comptables utilisant l'IA. Plus surprenant : une recherche récente conclut que l'IA rend certains développeurs 20 % moins productifs — le temps de vérification du code généré compensant les gains de vitesse.
Côté dirigeants, le scepticisme domine. Seuls 11 % des cadres prévoient des suppressions de postes liées à l'IA à court terme. Les 89 % restants considèrent l'IA comme un outil d'assistance, pas un remplaçant.
Le paradoxe de la productivité
Les critiques pointent un effet pervers : les outils plus rapides ne libèrent pas du temps, ils intensifient le travail. Les entreprises augmentent les objectifs. Le burnout s'aggrave. Et certaines restructurations invoquent l'IA comme prétexte — un phénomène baptisé « AI washing » — pour justifier des licenciements financièrement motivés. En 2025, Microsoft a supprimé 15 000 postes, dont 200 en France.
L'éléphant dans la pièce
Suleyman vend de l'IA. Microsoft investit 80 milliards dans l'IA. Le discours sert aussi les investisseurs. Quand l'action Microsoft a perdu 357 milliards de dollars en bourse sur des doutes liés à OpenAI, le message « l'IA va tout changer » prend une dimension stratégique autant que technologique.
Le fossé entre la promesse et la réalité reste immense. L'IA transforme déjà certains métiers. Mais l'histoire de l'automatisation montre que les rôles se transforment plus qu'ils ne disparaissent — et que les prédictions à 18 mois vieillissent rarement bien.