Les prix de la mémoire vive ont doublé. Depuis juillet 2025, les tarifs des modules DDR4 et DDR5 ont été multipliés par quatre en Allemagne. Au premier trimestre 2026, TrendForce anticipe encore une hausse de 105 à 110 % sur la RAM PC. Le coupable : l'intelligence artificielle, dont les data centers captent désormais 70 % de la production mondiale de puces mémoire.
Pourquoi la mémoire flambe
Trois fabricants dominent le marché mondial de la DRAM : Samsung, SK Hynix et Micron. Tous trois ont réorienté leurs lignes de production vers la HBM (High Bandwidth Memory), la mémoire haute performance utilisée dans les GPU d'entraînement IA. Bank of America estime le marché HBM à 54,6 milliards de dollars en 2026, en hausse de 58 %. La HBM accapare 23 % des wafers DRAM, contre 19 % l'an dernier.
SK Hynix a déjà vendu toute sa capacité jusqu'à fin 2026. Les hyperscalers — Microsoft, Google, Meta, Amazon — absorbent tout. Ce qui reste pour les smartphones, les PC et l'automobile se réduit de trimestre en trimestre.
L'effet domino
La demande croît de 35 % en 2026. L'offre, de 23 %. L'écart crée une crise en cascade :
- Smartphones : la DRAM pourrait représenter 30 % du coût d'un modèle entrée de gamme (contre 10 % début 2025). IDC prévoit une baisse de 5 % des volumes.
- Automobile : les prix des puces DRAM pour véhicules ont bondi de 100 %. Surcoût : 25 à 150 euros par voiture.
- PC et laptops : les modules LPDDR5X affichent +88 à 93 %. Le SSD suit avec +55 à 60 %.
Samsung a relevé ses prix de contrat de 30 à 60 % par rapport à septembre. Le phénomène de panic buying — commandes en double pour sécuriser les stocks — amplifie encore la pression.
Pas de sortie avant 2028
Les nouvelles capacités de production n'arriveront pas avant 2028. SK Hynix construit une usine de 13 milliards de dollars. Micron prépare des lignes HBM à Singapour et Taïwan, opérationnelles au second semestre 2027 au mieux.
D'ici là, le « super-cycle » mémoire se poursuit. Les analystes parlent de pénurie structurelle : ce n'est pas un pic temporaire, c'est une réallocation durable de la capacité mondiale vers l'IA.
Ce que ça change pour vous
Le prochain smartphone, PC ou SSD que vous achèterez coûtera plus cher — jusqu'à 20 % de plus selon les estimations. Et l'industrie automobile, déjà fragilisée par la crise des semi-conducteurs de 2021-2023, replonge dans les contraintes d'approvisionnement. L'IA ne consomme pas que de l'électricité. Elle consomme de la mémoire — et il n'y en a pas assez pour tout le monde.