Selon une enquête du New York Times publiée le 13 février, Meta développe « Name Tag », une fonction de reconnaissance faciale en temps réel pour ses lunettes connectées Ray-Ban Meta. Le porteur pourrait identifier les personnes autour de lui et obtenir des informations via l'assistant IA intégré.
Ce que Name Tag pourrait faire
D'après les documents internes, la fonction permettrait d'identifier des contacts Meta (Facebook, Instagram) ainsi que des personnes ayant un profil public sur ces plateformes. En revanche, elle ne permettrait pas d'identifier n'importe quel inconnu croisé dans la rue — du moins dans sa version initiale.
Meta avait abandonné la reconnaissance faciale sur Facebook en 2021, admettant ne pas avoir trouvé « le bon équilibre » entre utilité et respect de la vie privée. Cinq ans plus tard, la technologie revient sous une forme plus invasive : intégrée à des lunettes portées dans l'espace public.
Un mémo interne qui passe mal
Le document le plus explosif est un mémo interne révélé par le NYT. On y lit que Meta prévoit de lancer Name Tag « dans un environnement politique dynamique où les groupes de la société civile qui nous attaqueraient normalement auront leurs ressources concentrées sur d'autres sujets ».
Autrement dit : profiter de la période de turbulences politiques aux États-Unis pour limiter la résistance des défenseurs des libertés civiles. Meta avait aussi envisagé de présenter Name Tag comme un outil d'accessibilité pour les personnes aveugles lors d'une conférence, avant un déploiement grand public — un plan finalement abandonné.
La démonstration qui avait tout prédit
En 2024, des étudiants de Harvard avaient déjà démontré le risque. En combinant des Ray-Ban Meta avec le service de reconnaissance faciale PimEyes, ils avaient identifié des passants dans le métro de Boston en temps réel — noms, adresses, informations personnelles. Une démonstration devenue virale qui avait sonné l'alarme.
L'ACLU tire la sonnette d'alarme
Nathan Freed Wessler, directeur adjoint de l'ACLU, ne mâche pas ses mots : « La reconnaissance faciale dans les rues de l'Amérique représente une menace unique pour l'anonymat pratique sur lequel nous comptons tous. Cette technologie est mûre pour les abus. »
Les régulateurs américains et européens sont en train de rédiger des règles sur la biométrie et l'IA, mais le déploiement commercial de Name Tag pourrait arriver avant ces cadres réglementaires. En Europe, le RGPD et l'AI Act pourraient compliquer, voire bloquer, le lancement.
7 millions de lunettes vendues
EssilorLuxottica, partenaire de Meta pour les Ray-Ban, a annoncé plus de 7 millions d'unités vendues en 2025. Le marché des lunettes connectées accélère : Meta, Google, Samsung et Snap déploient tous des produits. La reconnaissance faciale pourrait devenir le prochain champ de bataille entre innovation et vie privée.