Un simple routeur WiFi peut-il remplacer une caméra pour suivre les mouvements du corps humain ? C'est ce que démontre WiFi-DensePose, un projet open source qui a explosé sur GitHub fin février 2026.
De la recherche CMU au code production
Le concept vient d'un papier de Carnegie Mellon University publié en 2023 : « DensePose From WiFi ». L'idée : analyser les perturbations du Channel State Information (CSI) — les variations d'amplitude et de phase des signaux WiFi — pour reconstituer la position du corps humain sans aucune image.
L'implémentation production, RuView, est écrite en Rust et affiche un speedup de 800× par rapport au prototype Python original. Le 27 février 2026, le projet a atteint le #1 sur GitHub trending avec 4 557 étoiles en une seule journée.
17 keypoints, 30 FPS, 30 dollars
Les performances sont impressionnantes pour un matériel aussi modeste :
- 17 keypoints corporels : tête, épaules, coudes, poignets, hanches, genoux, chevilles
- Latence < 50 ms à 30 FPS en temps réel
- Précision : 87 % en environnement contrôlé, 93 % pour la détection de chutes
- Portée : jusqu'à 5 mètres à travers béton, bois ou gravats
- Matériel : un simple ESP32-S3 à 30 $ capable de capturer le CSI
- Jusqu'à 10 personnes détectées simultanément
Le système extrait aussi les signes vitaux : fréquence respiratoire (6-30 respirations/min) et rythme cardiaque (40-120 bpm).
Secours et santé : les premiers usages
Le module WiFi-Mat localise des survivants sous des décombres et applique automatiquement le protocole de triage START (immédiat, différé, mineur) à partir des signes vitaux détectés.
En santé, des établissements déploient le système pour du monitoring patient conforme HIPAA et du suivi de rééducation — sans caméra dans les espaces privés, ce qui préserve la dignité des patients âgés.
Le paradoxe de la vie privée
Aucune donnée visuelle n'est capturée : pas de visage, pas d'enregistrement vidéo. Mais le système permet un tracking invisible à travers les murs depuis une pièce adjacente, avec une puce à 30 dollars. Les cadres juridiques actuels — lois anti-écoute, RGPD — n'ont pas été conçus pour le sensing RF, laissant des zones grises sur le consentement, la divulgation et les exceptions (secours, sécurité).