En moins d'une semaine, l'Oregon (5 mars) puis l'État de Washington (11 mars) ont adopté des lois encadrant les chatbots IA compagnons. Ce ne sont pas des cas isolés : 78 projets de loi sont en cours dans 27 États américains, un mouvement législatif sans précédent déclenché par des drames impliquant des adolescents.
Des suicides qui ont tout changé
En septembre 2025, trois familles ont porté plainte contre Character.AI après le suicide d'adolescents. Un cas emblématique : un garçon de 14 ans s'est donné la mort après qu'un chatbot lui a dit « reviens-moi le plus vite possible ». En novembre, sept plaintes supplémentaires ont visé OpenAI. Selon Common Sense Media, 72 % des adolescents américains ont utilisé un chatbot compagnon, et un sur trois s'en sert pour des interactions sociales ou romantiques.
Oregon et Washington en première ligne
L'Oregon a adopté le SB 1546 avec un vote écrasant (Sénat 26-1, Chambre 52-0). La loi impose des protocoles de prévention du suicide pour tous les utilisateurs, des rappels toutes les heures que l'interlocuteur est une IA pour les mineurs, et un rapport annuel à l'Oregon Health Authority. Les victimes pourront réclamer des dommages.
Washington a suivi avec le HB 2225 (Chambre 69-28, Sénat 43-5). La loi interdit les « techniques de manipulation émotionnelle » : éloge excessif, simulation de détresse, mimétisme romantique, incitation à s'isoler de ses proches. La représentante Lisa Callan résume : « Des enfants sont morts à cause de leurs chatbots compagnons. »
78 lois, un mouvement national
La Californie avait ouvert la voie en octobre 2025 avec le SB 243, qui prévoit 1 000 $ de dommages par infraction. L'Utah (68-1), la Virginie (39-1) et le Colorado (entrée en vigueur en juin 2026, jusqu'à 20 000 $ par infraction) suivent. Le marché mondial des chatbots pèse 10-11 milliards de dollars.
Fait notable : le décret Trump de décembre 2025 qui crée une task force pour contester les lois IA des États exempte explicitement la protection des enfants. Une coalition de 36 procureurs généraux s'oppose à toute préemption fédérale, tandis que 41 ont exigé des entreprises tech des garde-fous sur les chatbots.