La première campagne « augmentée » par l'IA
Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 marquent un tournant : pour la première fois en France, l'intelligence artificielle est massivement utilisée dans une campagne locale. De Renaissance au RN en passant par LFI, tous les partis s'en servent à des degrés divers. Paul Brounais, fondateur du Lab électoral, accompagne 60 campagnes dans des communes de 250 à 220 000 habitants avec des outils IA.
Chatbots, tracts et chansons
Les usages légitimes se multiplient. À Trélissac (Dordogne), un candidat a généré une chanson de campagne par IA pour 5 000 euros. À Grenoble, Alain Carignon a créé un chatbot imitant sa voix. Aux Mureaux (Yvelines), le candidat Damien Vignier propose « IA-smine », un chatbot en forme d'abeille humanisée qui répond aux questions sur son programme. Des candidats utilisent l'IA pour rédiger des discours, synthétiser des réunions et produire des projections urbaines avant/après.
Des deepfakes qui dérapent
Le revers de la médaille : des deepfakes dégradants ciblent des élus. À Guéret (Creuse), la maire Marie-Françoise Fournier a porté plainte après la diffusion d'images IA humiliantes. À Soustons, une vidéo synthétique montre la maire avec un visage déformé et des propos vulgaires. À Strasbourg, une candidate RN a publié des images IA de rues fictives envahies de déchets. À Toulouse, un photomontage IA a fabriqué une poignée de main entre adversaires politiques.
Un vide juridique temporaire
La loi SREN prévoit 15 000 euros d'amende pour la diffusion de deepfakes, mais les plaintes sont souvent classées sans suite. L'AI Act européen, qui imposera le marquage obligatoire du contenu IA avec des amendes jusqu'à 15 millions d'euros, n'entrera en vigueur qu'en août 2026 — cinq mois après les élections. Viginum a élargi sa surveillance à Discord, et un réseau national de coordination (RCPE) réunit Viginum, l'Arcom et le ministère de l'Intérieur.