Le CNRS a déployé Emmy, un assistant conversationnel développé par Mistral AI, auprès de ses 35 000 agents depuis le 17 décembre 2025. Annoncé officiellement le 3 février 2026, le projet illustre la stratégie de souveraineté numérique de la recherche française — mais suscite aussi des critiques.
Un chatbot souverain pour la recherche
Issu d'un contrat signé en octobre 2025 et testé par 600 volontaires, Emmy offre la traduction, la synthèse de documents, l'aide à la reformulation, la recherche web et la reconnaissance de texte et d'images. Les chercheurs peuvent y injecter des publications scientifiques pour obtenir des réponses contextualisées.
Point clé : les données sont hébergées dans des datacenters européens, soumises au RGPD et à l'AI Act. Mistral AI garantit contractuellement ne pas réutiliser les prompts pour entraîner ses modèles. En contrepartie, le CNRS interdit l'usage professionnel de ChatGPT, Gemini et tout autre outil IA concurrent.
Formation obligatoire, adoption rapide
L'accès à Emmy est conditionné par une formation : un module de sensibilisation d'une heure sur les limites de l'IA générative, complété par une formation approfondie de six heures avec entraînement au prompt. L'attestation est requise pour ouvrir son compte.
Malgré cette contrainte, l'adoption a été rapide : plus de 7 000 agents ont activé leur compte dès le premier mois, sans obligation d'utilisation.
Des critiques sur la sécurité
Le déploiement ne fait pas l'unanimité. Olivier Schwander, chercheur en IA à la Sorbonne, estime que l'initiative n'est « pas sérieuse » : Emmy serait un simple rebranding de « Le Chat Entreprise », l'offre pro de Mistral. Le chatbot n'est pas hébergé sur les serveurs du CNRS, ne dispose d'aucune intégration API avec les systèmes internes, et la sécurité repose sur la compliance des utilisateurs plutôt que sur des protections techniques.
Le CNRS assume une approche pragmatique : face au Shadow AI (l'usage non encadré d'outils IA par les employés), mieux vaut proposer un outil contrôlé que laisser les chercheurs utiliser des plateformes sans garanties sur leurs données de recherche.