Rompre par ChatGPT
Deux étudiants de Yale résument le phénomène. Patrick utilise ChatGPT pour rédiger un message de rupture. Emily, la destinataire, passe le texte dans un détecteur d'IA : 99 % de probabilité qu'il soit généré. « I tried to write my thoughts down, but I wasn't sure how to format this », explique Patrick. Il n'est pas seul : 41 % de la Gen Z ont déjà utilisé l'IA pour mettre fin à une relation, et 47 % s'en servent pour draguer ou initier des conversations.
Le « social offloading »
Le Dr Michael Robb, directeur de recherche chez Common Sense Media, a un nom pour ça : le social offloading — externaliser l'acte communicatif lui-même. Selon une enquête Common Sense Media de 2025, un tiers des adolescents préfèrent parler de sujets sérieux avec une IA qu'avec un humain.
Les usages vont au-delà des ruptures. 21 % des Gen Z et millennials discutent de leur vie amoureuse avec ChatGPT, en moyenne 16 minutes par conversation. Les raisons principales : obtenir des conseils objectifs (42 %), entendre un avis différent de celui de l'entourage (35 %).
74 % des 18-28 ans utilisent un chatbot
Selon Harvard Business Review, 74 % des 18-28 ans utilisent un chatbot IA au moins une fois par mois. 32 % y cherchent des conseils personnels, 23 % le considèrent comme un ami, 10 % comme un partenaire romantique.
Mais la Gen Z est lucide sur les risques. 79 % estiment que l'IA rend les gens plus paresseux. 65 % s'inquiètent du déclin de la pensée critique. 61 % craignent l'isolement social.
L'alerte des psychologues
La Dr Michelle DiBlasi (Tufts University) observe que l'IA freine la maturation émotionnelle d'une génération déjà fragilisée par la pandémie, survenue pendant une phase critique du développement cérébral. Russell Fulmer (Kansas State) met en garde contre la « boucle de solitude » : l'IA offre une apparence de connexion qui, en réalité, approfondit l'isolement.
Le paradoxe est clair : l'IA aide à formuler ce qu'on ne sait pas dire, mais empêche d'apprendre à le dire soi-même.