Quand le CEO demande à ChatGPT
Une enquête de l'agence 3Gem, commandée par Confluent et publiée le 5 mars 2026, révèle l'ampleur de la dépendance des dirigeants à l'IA. Sur 200 chefs d'entreprise britanniques interrogés (CEOs, fondateurs, directeurs généraux), 62 % déclarent utiliser l'IA pour prendre la majorité de leurs décisions.
Plus frappant : 70 % remettent en question leur propre jugement lorsque l'IA recommande autre chose. Et 46 % font davantage confiance à l'IA qu'à l'avis de leurs collègues humains.
La collaboration en recul
L'adoption massive de l'IA décisionnelle a un effet secondaire inattendu : 65 % des dirigeants constatent un recul de la collaboration depuis qu'ils utilisent ces outils. Le paradoxe est flagrant — les mêmes outils censés optimiser le travail d'équipe réduisent les échanges humains.
Richard Jones, VP de Confluent, l'explique ainsi : l'IA est perçue comme « a neutral voice that processes information quickly and offers clear recommendations ». Face à la complexité, la tentation de se reposer sur une réponse rapide et structurée est forte.
« Cognitive debt » et « LLeMmings »
Les recherches confirment le risque. Une étude Carnegie Mellon / Microsoft montre que les travailleurs qui font confiance aux systèmes IA présentent une moindre propension à la pensée critique. Le psychiatre danois Søren Dinesen Østergaard parle de « dette cognitive » — une érosion des capacités intellectuelles liée à l'externalisation répétée de la réflexion.
Lila Shroff, dans The Atlantic, a inventé le terme « LLeMmings » pour décrire ceux qui suivent aveuglément les recommandations des LLM.
L'exception du recrutement
Un domaine résiste encore : les décisions de recrutement et de licenciement. Seuls 27 % des dirigeants font confiance à l'IA pour ces choix, contre 64 % dans un rapport de 2025. Le facteur humain reste irremplaçable quand il s'agit de juger des personnes.
Le constat est ironique : les dirigeants qui imposent l'IA à leurs équipes subissent eux-mêmes l'atrophie cognitive qu'ils infligent à leurs salariés.