Le bras de fer entre Anthropic et le Pentagone a franchi un cap cette semaine. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a posé un ultimatum : accepter l'utilisation sans restriction de Claude par l'armée avant vendredi 17h01, ou en subir les conséquences.
L'ultimatum
Le Pentagone exige qu'Anthropic lève toutes les restrictions d'usage de Claude pour les opérations militaires. En cas de refus, trois menaces sont sur la table :
- Résiliation du contrat militaire (jusqu'à 200 M$)
- Désignation comme « risque pour la chaîne d'approvisionnement » — un label habituellement réservé aux entreprises de pays adversaires
- Invocation du Defense Production Act, une loi de la Guerre froide qui permet au gouvernement de contraindre une entreprise à fournir ses produits sans son accord
Amodei tient bon
Dario Amodei, CEO d'Anthropic, a répondu sans ambiguïté : « Nous ne pouvons pas en bonne conscience accéder à leur demande. » La société maintient deux lignes rouges absolues : la surveillance de masse des citoyens américains et les armes létales entièrement autonomes.
Amodei pointe la contradiction du Pentagone : « L'une de ces menaces nous désigne comme un risque de sécurité ; l'autre désigne Claude comme essentiel à la sécurité nationale. » Il note que les nouvelles propositions de contrat contenaient du « jargon juridique qui permettrait de contourner les garde-fous à volonté ».
Le dernier résistant
Anthopic est le seul fournisseur majeur d'IA à refuser l'accès illimité au Pentagone. Google, OpenAI et xAI d'Elon Musk ont tous accepté les termes. Une lettre ouverte de travailleurs de la tech révèle que le Pentagone négocie avec Google et OpenAI pour obtenir les mêmes conditions qu'Anthropic refuse.
Claude est pourtant déjà utilisé dans des environnements classifiés par le Pentagone et les agences de renseignement. Le général à la retraite Jack Shanahan estime les garde-fous d'Anthropic « raisonnables » et avertit que les LLM « ne sont pas prêts pour les opérations de sécurité nationale ».
Un précédent historique
C'est la première fois qu'une entreprise technologique majeure résiste publiquement à une telle pression du Département de la Défense. Anthropic, qui réalise 14 Md$ de revenus annuels, a proposé de « faciliter une transition vers un autre fournisseur » si le Pentagone ne revient pas sur ses positions.
Le conflit dépasse la relation commerciale : il pose la question fondamentale de qui décide des limites éthiques de l'IA — les entreprises qui la créent, ou les gouvernements qui l'utilisent.