Le 23 février 2026, la Commission européenne a repoussé d'une semaine la présentation de son Industrial Accelerator Act (IAA), pièce maîtresse du Clean Industrial Deal. Le texte, désormais attendu le 25 février, bute sur un point de friction majeur : les exigences de contenu local dans les marchés publics et les aides à l'industrie.
Le nœud du problème
Les États membres ne s'accordent pas sur le périmètre géographique de ce qui compte comme « Made in Europe ». Les industriels — notamment les constructeurs automobiles — veulent élargir la définition au-delà de l'UE et de l'AELE pour inclure le Royaume-Uni et la Turquie. Les pays plus protectionnistes veulent des seuils stricts réservés aux 27.
Le think tank Bruegel met en garde : imposer des exigences de contenu local violerait les règles de l'OMC et les accords de libre-échange européens. L'exemple des batteries est parlant : 4/5 de la capacité de fabrication de cellules en Europe a été construite par des entreprises coréennes. Un « Made in Europe » strict les exclurait.
L'IA au cœur des tensions
Les datacenters et l'infrastructure IA sont directement concernés. L'UE prépare en parallèle un Cloud and AI Development Act (attendu au T1 2026) qui vise à tripler la capacité de traitement des datacenters européens en 5 à 7 ans. Le marché européen des datacenters est projeté à 100 Md$ d'ici 2030, avec un pipeline d'investissements de 114 Md$.
Mais aujourd'hui, seul un datacenter européen sur cinq est prêt pour l'IA. La demande d'électricité croît de 15 % par an, et la Commission veut des datacenters carbon-neutres d'ici 2030 via un Data Centre Energy Efficiency Package.
Si les exigences de contenu local s'appliquent aux équipements de datacenters (GPU, serveurs, refroidissement), cela pourrait ralentir considérablement le déploiement de l'infrastructure IA en Europe — au moment même où les États-Unis et la Chine accélèrent.
Souveraineté vs compétitivité
Le dilemme est structurel. Think Tank Europa note que la Commission a priorisé les gains économiques de l'IA sur la souveraineté numérique, repoussant toutes les législations structurantes à 2026. Le Fonds européen de compétitivité de 55 Md€ pour la transition numérique ne suffira pas si les règles de contenu local bloquent les partenariats technologiques.
L'Europe dispose de 7 Md€ via EuroHPC pour les supercalculateurs, mais reste dépendante de Nvidia pour les GPU et de TSMC/Samsung pour les puces avancées. Un « Made in Europe » trop strict risquerait de transformer un objectif de souveraineté en frein à l'innovation.