Le prix Turing Yann LeCun tourne la page Meta après douze ans et cofonde AMI Labs (Advanced Machine Intelligence), une startup parisienne qui vient de boucler un seed de 1,03 milliard de dollars — un record absolu en Europe — pour une valorisation pre-money de 3,5 milliards de dollars.
Un pari contre les LLMs
Alors que l'industrie IA mise massivement sur les grands modèles de langage, LeCun prend le contre-pied. AMI Labs développe des world models basés sur l'architecture JEPA (Joint Embedding Predictive Architecture), notamment V-JEPA pour la vidéo. Le principe : apprendre à comprendre le monde physique à partir de données multimodales (vidéo, audio, LiDAR), pas à prédire du texte.
Pour LeCun, les LLMs sont une « distraction » qui détourne l'attention de la recherche fondamentale. Les world models visent à donner aux machines une forme d'intuition digitale — comprendre la causalité, la physique, le raisonnement spatial.
Une équipe de poids
LeCun occupe le poste de chairman exécutif et se concentre sur la direction scientifique. Aux commandes opérationnelles, Alexandre LeBrun (CEO), ancien fondateur de Wit.ai (racheté par Meta) et cofondateur de Nabla. L'équipe compte aussi Mike Rabbat (VP), Saining Xie (Chief Science Officer) et Pascale Fung (Chief Research & Innovation Officer).
AMI Labs s'installe dans quatre hubs : Paris (siège), New York (où LeCun enseigne à NYU), Montréal et Singapour.
Des investisseurs stratégiques
Le tour de table réunit Nvidia, Bezos Expeditions, Temasek, Cathay Innovation, Daphni, HV Capital, Hiro Capital, SBVA, Bpifrance, Greycroft et 20VC. Un signal fort pour l'écosystème européen : Daphni estime qu'AMI Labs pourrait devenir « la première entreprise européenne à atteindre l'échelle des GAFAM ».
Applications et calendrier
Le premier produit, AMI Video, est un modèle propriétaire qui apprend à partir de données vidéo et spatiales. Les applications ciblées à 12 mois : robotique, santé, wearables et automatisation industrielle.
AMI Labs se positionne comme une troisième voie entre les géants américains et chinois, avec une approche mêlant recherche ouverte et licences commerciales. Le soutien affiché d'Emmanuel Macron confirme l'ambition française de peser dans la course mondiale à l'IA.